Témoignages 1939 - 1945

Pour agrandir et lire les transcription des documents, cliquez sur ceux-ci
Si vous rencontrez des problèmes,
pensez à autoriser les pops-ups

 

Jean TERRIER « MORT pour la FRANCE »  - Sa fiche Memorial GenWeb  - Transféré au Carré Militaire d'Annecy

Marié à Germaine FESNIERES

Chapitre 1 (photos - actes)

Porté disparu

 


Lors de la déclaration de guerre à l'automne 1939, mon père fut mobilisé dans les troupes de montagne et son unité, le 97ème RIA (Régiment d'Infanterie Alpine) fut envoyé pour garder la frontière italienne en Haute-Maurienne.
Rapidement le gouvernement français pris conscience que les allemands n'envahiraient pas la France par l'Italie et au printemps 1940 son régiment fut déplacé en catastrophe d'abord dans l'est de la France puis dans le nord lorsqu'Hitler envahit la Belgique.
Au passage, il rendit une courte visite à ma mère qui vivait à Annecy avec mon frère aîné alors âgé de huit mois. Je devais naître neuf mois plus tard.
Après une pérégrination de deux mois à pied et en wagon à bestiaux dans l'est de la France, le régiment de mon père se retrouva dans un petit village de l’Aisne dont tous les savoyards ignoraient même l’existence : CHAVIGNON.

Récit du déplacement du 97ème RIA.
Lors de la grande offensive allemande du 5 et 6 juin 1940, les français furent totalement débordés car mal équipés et mal préparés à cette sale guerre. Les allemands possédaient depuis plusieurs années une armée moderne, les français continuaient 14-18.
Des milliers d’hommes y laissèrent leur vie où se retrouvèrent dans les stalags. Le réveil fut brutal pour la France.

 

Ma mère ignorait totalement où se trouvait mon père. Les lettres qu’elle envoyait au front lui revinrent les unes après les autres. Mon père était porté disparu.

Elle entreprit alors un long et difficile travail de recherche que le mauvais état de la poste et la censure ne facilitaient pas. Elle fit parvenir des dizaines et des dizaines de lettres à toutes les administrations, au gouvernement de Vichy, à la Croix Rouge Suisse, etc. Elle ne reçut que des réponses négatives ou tardives.

 

Grâce aux témoignages de prisonniers du 97ème RIA recueillis par la Croix Rouge Suisse, elle finit par localiser la commune où se trouvait mon père le 5 juin 1940 : CHAVIGNON (02 - Aisne)
[vue aérienne - carte]

A partir de 1941 les élus de CHAVIGNON et toute la population entreprirent un travail extraordinaire et douloureux en exhumant les corps des bois et en les enterrant dignement dans le cimetière de la commune.
On doit rendre un profond hommage à tous ces gens connus et inconnus qui se dévouèrent corps et âmes pour accomplir cette mission.
 

 

 

 

 

La plupart des disparus furent identifiés, seules quelques tombes portaient la mention « inconnu ».
Mon père ne figurait pas dans la liste des sépultures identifiées.

 

D’après les renseignements qu’elle obtint sur la dentition de mon père, ma mère eu vite la conviction que son mari reposait dans la tombe d’un soldat inconnu au cimetière de CHAVIGNON. Elle n’eut plus alors qu’un seul désir : aller identifier le corps. Ce ne fut pas facile : impossible d’obtenir un laisser passer pour franchir la ligne de démarcation, paperasserie impensable pour avoir un permis d’exhumer.

Elle obtint enfin cette autorisation le 29 mai 1942. Ma mère partit immédiatement pour CHAVIGNON. Elle était accompagnée de la sœur ainée de mon père qui était religieuse infirmière. Elles n’avaient pas de laissez-passer. Le trajet dura plusieurs jours. Elles couchaient dans les salles d’attente des gares en attendant un hypothétique train pour continuer le voyage. Lors des nombreux contrôles, la naïveté et la bonhomie de ma tante religieuse décontenançaient les allemands qui s’éloignaient.

 

A CHAVIGNON ma mère et ma tante furent accueillies dans une famille dont j’ignore le nom.

 

 

Ma mère se fait adresser certains courriers importants chez sa soeur dans la banlieue de Paris car souvent les lettres mettent un temps infini pour parvenir jusqu'à Annecy et encore quand elles arrivent.

 

L’exhumation de mon père eut lieu le 5 juin 1942 dans le cimetière de CHAVIGNON.
Ma mère identifia formellement le corps de son mari et elle reconnut même les chaussettes de laine qu’elle avait tricotées et le gilet de corps en flanelle qu’elle avait fait avant que mon père ne parte à la guerre.

Ma mère rentra à Annecy et essaya avec beaucoup de difficultés de relancer la petite imprimerie que mon père avait créée quelques mois avant de partir au front dans un hangar de mes grands-parents.

 

Comme nous le verrons dans un prochain chapitre, cet atelier servira par la suite à imprimer clandestinement pour le maquis des Glières et ce fut la fierté de ma mère et de ma grand-mère.

La santé de ma mère se dégrada rapidement, elle ne se remit jamais de cette terrible épreuve ; elle mourut en 1961 à 52 ans, minée par le chagrin et la maladie.

 

Après la libération, ma mère nous emmena mon frère et moi en pèlerinage à CHAVIGNON. J’étais jeune enfant mais je me souviens bien de l’arrivée dans la gare de Laon. On aurait dit un champ de ruines. Je fus très impressionné par les verrières cassées.

A CHAVIGNON nous fûmes accueillis dans une famille que je ne connais pas et que je remercie maintenant. On nous conduisit dans les bois à l’endroit où fut retrouvé le corps de mon père.

Je me rappelle très bien des nombreux câbles téléphoniques qui sortaient du sol et enjambaient les arbres.

Le corps de mon père resta dans le cimetière de CHAVIGNON jusqu’en juillet 1948 date à laquelle il fut transféré dans le carré militaire d’Annecy.

Durant toute cette période des gens dévoués continuèrent d’entretenir les tombes et j’ai retrouvé un billet difficilement lisible sur lequel ma mère a griffonné des noms :
* Dufour – Chery ; Beaurain ; etc.

Le temps est passé et la plupart des témoins de cette époque sont décédés mais nous n'oublions pas.

 

 


Texte de Bernard TERRIER

Photo en fond : Cérémonie à Annecy lors du rapatriement du corps de Jean TERRIER en 1948. Ses deux fils, René et Bernard se trouvent à quelques pas du cercueil.
 

Jean Terrier et un ami.

  • Imprimeur (a créé l'Imprimerie Nouvelle à Annecy)
  • Né le 14 novembre 1907 - Annecy, Haute-Savoie, Rhône-Alpes
  • Décédé le 9 juin 1940 - Chavignon, Aisne, Picardie
  • Inhumé le 21 juillet 1948 - Annecy, Haute-Savoie, Rhône-Alpes
  • À l'âge de 32 ans

   "MORT pour la FRANCE"- transcrit le 1/12/1942 - 97ème régiment d'Infanterie Alpine

_______________________________________________

Quelques liens
_______________________________________________

----------------------------

  Retour à la page Témoignages 1939 - 1945

 

  Patricia Terrier   Généalogie : ACTES et transcriptions disponibles

Toute reproduction partielle ou totale de ce site est strictement interdite conformément à l'article L.112-1 du Code de la Propriété intellectuelle sauf autorisation préalable de l'auteur